Le tourisme constitue aujourd’hui l’un des secteurs économiques les plus dynamiques à l’échelle mondiale, générant des flux financiers considérables et transformant profondément les territoires qui l’accueillent. Avec plus de 1,4 milliard de voyageurs internationaux recensés en 2024, cette industrie représente environ 10% du PIB mondial et soutient directement ou indirectement l’emploi de plus de 270 millions de personnes. Au-delà de ces chiffres impressionnants, le tourisme façonne les économies locales de manière multidimensionnelle, créant des opportunités de développement tout en générant parfois des déséquilibres structurels. Entre création de richesse et redistribution inégale des bénéfices, entre dynamisation entrepreneuriale et dépendance excessive, les retombées économiques du tourisme méritent une analyse approfondie pour comprendre comment maximiser ses effets positifs tout en atténuant ses externalités négatives.
Contribution du tourisme au PIB et à la création de richesse nationale
L’impact du tourisme sur la production de richesse nationale s’observe à travers différents indicateurs économiques, dont le Produit Intérieur Brut constitue la mesure la plus emblématique. En France, le tourisme représente directement 3,6% du PIB avec 82,1 milliards d’euros de valeur ajoutée brute en 2022, un chiffre qui ne reflète que partiellement la contribution réelle du secteur. En intégrant les effets indirects et induits, cette proportion atteint facilement 7 à 8% du PIB national, démontrant l’importance stratégique de cette industrie pour l’économie française.
Effet multiplicateur du tourisme sur les revenus des destinations comme les maldives et la thaïlande
Le concept d’effet multiplicateur illustre comment chaque euro dépensé par un touriste génère plusieurs euros de bénéfices supplémentaires dans l’économie locale. Aux Maldives, où le tourisme représente plus de 60% du PIB, cet effet multiplicateur atteint des niveaux remarquables. Chaque dollar dépensé par un visiteur dans un resort insulaire circule ensuite dans l’économie : salaires versés aux employés qui consomment localement, achats auprès des fournisseurs de produits alimentaires et de services, investissements dans les infrastructures. Cette circulation monétaire amplifie considérablement l’impact initial de la dépense touristique.
En Thaïlande, le coefficient multiplicateur varie selon les régions et les types de tourisme, oscillant généralement entre 1,5 et 2,5. Cela signifie qu’une dépense touristique de 100 dollars génère entre 150 et 250 dollars d’activité économique totale. Cependant, cet effet reste limité par les fuites – ces flux financiers qui quittent l’économie locale, notamment pour rémunérer des investisseurs étrangers ou importer des biens et services non disponibles localement. La CNUCED estime ces fuites à environ 70% en Thaïlande, réduisant significativement la rétention locale des revenus touristiques.
Analyse comparative des recettes touristiques directes versus indirectes
Les recettes touristiques directes englobent les dépenses effectuées par les visiteurs pour des services explicitement touristiques : hébergement, restauration, attractions, transport. En France, les visiteurs étrangers ont généré 71 milliards d’euros de recettes en 2024, marquant une progression de 12% par rapport à 2023 et dépassant les niveaux pré-pandémiques. Ces recettes directes constituent la partie visible et immédiatement quantifiable de l’activité touristique
Les effets indirects, eux, correspondent à toute l’activité générée en amont : achats de denrées par les restaurants, contrats de nettoyage pour les hôtels, prestations d’agences de sécurité ou de maintenance, services bancaires et assurantiels, etc. À cela s’ajoutent les effets induits, liés à la consommation des salariés du tourisme qui dépensent leurs revenus dans le commerce local, le logement, les loisirs. Dans certaines destinations très touristiques, comme l’Île-de-France ou la Côte d’Azur, ces retombées indirectes et induites peuvent représenter autant, voire davantage, que les recettes directes visibles dans les comptes nationaux. C’est pourquoi la plupart des économistes considèrent que la contribution réelle du tourisme au PIB est significativement sous-estimée si l’on se limite aux seules dépenses des visiteurs.
On peut comparer cela à un caillou jeté dans l’eau : la dépense initiale du touriste correspond au point d’impact, mais l’essentiel des effets se diffuse en ondes concentriques dans le reste de l’économie. Dans les pays en développement, cette distinction entre recettes directes et indirectes est encore plus cruciale. Lorsque les infrastructures, l’agriculture et les services locaux sont suffisamment développés pour répondre à la demande touristique, les flux de dépenses se recyclent dans l’économie nationale et soutiennent une base productive plus large. À l’inverse, lorsque tout doit être importé (aliments, matériels, main-d’œuvre qualifiée), la majeure partie des recettes directes se transforme en fuites vers l’extérieur, réduisant fortement le bénéfice net du tourisme pour le pays récepteur.
Impact du tourisme sur la balance des paiements et les flux de devises étrangères
Le tourisme international joue également un rôle clé dans la balance des paiements des États, en particulier via la rubrique des « voyages ». Les dépenses des visiteurs étrangers sont comptabilisées comme des exportations de services, au même titre que la vente de biens à l’étranger. Pour de nombreux pays méditerranéens ou insulaires, ces recettes de tourisme permettent de compenser un déficit commercial chronique lié aux importations d’énergie, de biens de consommation ou d’équipements. Aux Maldives, au Cap-Vert ou en République dominicaine, les arrivées de devises touristiques représentent ainsi une bouffée d’oxygène pour les finances extérieures.
En France, les 71,3 milliards d’euros de recettes internationales en 2024 constituent un apport essentiel à la balance des paiements, améliorant le compte des transactions courantes et soutenant la position extérieure du pays. À l’échelle mondiale, le tourisme est souvent présenté comme « l’exportation invisible » : il génère des entrées de devises sans nécessiter le transport de marchandises, mais implique en contrepartie une forte mobilité de personnes et une consommation locale de ressources. Toutefois, ces bénéfices doivent être relativisés par l’importance des sorties de devises liées, par exemple, aux voyages des résidents à l’étranger, aux importations nécessaires à l’activité touristique ou encore au rapatriement des profits par les groupes internationaux. C’est l’écart entre recettes d’entrée et dépenses de sortie qui détermine réellement si le tourisme améliore ou non la balance des paiements d’un pays donné.
Mesure de la valeur ajoutée brute du secteur touristique par le compte satellite du tourisme
Pour mesurer plus finement l’impact économique du tourisme, de nombreux pays, dont la France, se sont dotés d’un compte satellite du tourisme (CST). Cet outil statistique complète les comptes nationaux classiques en isolant la part des différentes branches d’activité directement liée à la consommation touristique : hébergement, restauration, transport, activités culturelles, commerce de détail, etc. Le CST permet ainsi de calculer la valeur ajoutée brute du tourisme, c’est-à-dire la richesse réellement créée par le secteur, une fois déduites les consommations intermédiaires. En 2022, cette valeur ajoutée s’élevait à 82,1 milliards d’euros en France, soit 3,6 % du PIB, sans compter les retombées indirectes.
Pour vous, dirigeant de destination ou professionnel du secteur, le compte satellite du tourisme constitue un outil précieux pour objectiver les débats : il permet d’identifier quelles activités contribuent le plus à la création de valeur, quels segments sont les plus intensifs en emploi ou encore quelles formes de tourisme (d’affaires, de loisirs, de santé, etc.) génèrent les recettes les plus importantes. À l’échelle internationale, la généralisation du CST, promue par l’OMT, facilite aussi les comparaisons entre pays et la construction de stratégies nationales. En somme, il s’agit d’un « tableau de bord étendu » qui rend visible l’ensemble des ramifications économiques du tourisme au-delà des seuls chiffres de fréquentation.
Génération d’emplois et transformation du marché du travail par le tourisme
Au-delà de sa contribution au PIB, le tourisme est l’un des premiers pourvoyeurs d’emplois dans le monde. Selon l’OIT, plus de 270 millions de personnes travaillent directement ou indirectement dans ce secteur, des grandes chaînes hôtelières aux petits commerces de centre-ville. En France, l’hébergement-restauration représente à lui seul 1,3 million de salariés du secteur privé en 2022, soit 6,5 % de l’emploi salarié. Mais comment ces emplois se répartissent-ils concrètement, et quelles transformations induisent-ils sur le marché du travail local ?
Répartition des emplois directs dans l’hôtellerie, la restauration et le transport aérien
Les emplois touristiques directs se concentrent principalement dans trois grands sous-secteurs : l’hôtellerie, la restauration et le transport, en particulier aérien. Dans l’hôtellerie et les résidences de tourisme, on retrouve une palette de métiers qui vont de la réception à la direction d’établissement, en passant par les services d’étage, la maintenance ou la commercialisation. On estime qu’une résidence de tourisme emploie en moyenne sept équivalents temps plein, mais génère au total près de quinze emplois locaux lorsqu’on prend en compte l’ensemble des effets induits. La restauration, quant à elle, absorbe une part importante de main-d’œuvre peu qualifiée, avec une forte intensité en emplois de service (serveurs, plonge, commis de cuisine).
Le transport aérien constitue un autre pilier de l’emploi touristique, avec des métiers hautement spécialisés (pilotes, personnels navigants, contrôleurs aériens, maintenance aéronautique) mais aussi une multitude de postes plus accessibles (agents d’escale, manutentionnaires, sécurité aéroportuaire). À ces activités, il faut ajouter les emplois dans les agences de voyages, les tour-opérateurs, les parcs de loisirs, les musées, les offices de tourisme ou encore les compagnies de croisière. Vous le voyez : l’« industrie du voyage » ne se résume pas aux hôtels et aux avions, mais irrigue un large éventail de professions, souvent non délocalisables, qui structurent durablement le tissu économique local.
Création d’emplois induits dans les secteurs connexes et la chaîne d’approvisionnement
Les emplois touristiques les plus visibles ne sont pourtant que la partie émergée de l’iceberg. Derrière chaque hôtel, chaque restaurant ou chaque activité de loisirs, une chaîne d’approvisionnement entière se met en mouvement. Les agriculteurs qui fournissent fruits, légumes, viandes et vins aux établissements de restauration, les artisans qui réalisent les travaux de rénovation, les blanchisseries industrielles, les entreprises de nettoyage, les sociétés de transport routier ou de location de véhicules, tous dépendent en partie de la demande générée par le tourisme. C’est là que se matérialise concrètement l’effet multiplicateur en termes d’emploi.
En France, la Fédération nationale des résidences de tourisme estime ainsi que chaque emploi direct dans une résidence soutient près de sept emplois supplémentaires dans un rayon de 50 km, en cumulant emplois indirects et induits. Au niveau national, la filière résidences de tourisme alimenterait au total 70 000 équivalents temps plein, en additionnant les postes internes et ceux des entreprises partenaires. De la même manière, les meublés de courte durée – malgré les controverses qu’ils suscitent sur le marché du logement – auraient soutenu plus de 360 000 emplois en 2023. Pour les décideurs publics, l’enjeu consiste donc à favoriser les modèles touristiques qui créent le plus d’emplois locaux de qualité, et pas seulement ceux qui maximisent les arrivées de visiteurs.
Saisonnalité de l’emploi touristique et précarité dans les stations balnéaires méditerranéennes
La contrepartie de cette forte intensité en main-d’œuvre, c’est la saisonnalité marquée de l’emploi touristique, en particulier dans les stations balnéaires méditerranéennes ou les destinations de sports d’hiver. Dans de nombreuses communes littorales de la Côte d’Azur, de la Costa Brava ou des îles grecques, la population active double, voire triple l’été, puis retombe brutalement à l’automne. Les contrats courts, les temps partiels, les horaires décalés et la dépendance à quelques mois de haute saison fragilisent les trajectoires professionnelles, notamment pour les jeunes et les travailleurs peu qualifiés. Cette précarité se traduit aussi par des difficultés d’accès au logement, les loyers ayant tendance à s’envoler dans les zones touristiques très prisées.
Pour vous, acteur local ou élu, la question est simple : comment lisser l’activité sur l’année pour stabiliser l’emploi ? Le développement d’un tourisme « quatre saisons », mis en avant par plusieurs plans nationaux, ou la diversification vers le tourisme d’affaires, de santé ou de bien-être peuvent contribuer à réduire ces pics et creux extrêmes. Certaines destinations montagnardes, par exemple, misent de plus en plus sur des activités estivales (randonnée, VTT, événements culturels) pour compenser la fragilisation de la saison d’hiver liée au changement climatique. La capacité d’un territoire à offrir des emplois touristiques plus continus et mieux protégés devient ainsi un enjeu central de sa stratégie de développement.
Qualifications requises et écarts salariaux entre personnel qualifié et non-qualifié
Le tourisme se caractérise par une forte dualité du marché du travail. D’un côté, une majorité de postes peu ou moyennement qualifiés, peu rémunérés et souvent marqués par une rotation importante ; de l’autre, une minorité de fonctions très qualifiées (direction d’hôtel, management de destinations, ingénierie touristique, marketing digital, yield management aérien) bénéficiant de salaires nettement plus élevés. Les écarts salariaux entre ces deux segments peuvent être importants, créant un risque de fragmentation sociale au sein même de la filière. Pourtant, la professionnalisation croissante du secteur – montée en gamme de l’hôtellerie, digitalisation de la distribution, exigences accrues des clientèles – renforce la demande en compétences.
Pour les travailleurs, l’enjeu consiste donc à transformer un « job d’appoint » en véritable carrière touristique, via la formation initiale et continue, la validation des acquis de l’expérience ou la mobilité internationale. Pour les entreprises, investir dans les compétences (langues étrangères, gestion de la relation client, outils numériques, RSE) devient un levier de compétitivité autant qu’un moyen de fidéliser les équipes. Quant aux pouvoirs publics, ils peuvent jouer un rôle d’accompagnement via des dispositifs de formation adaptés, notamment dans les régions très dépendantes du tourisme. À terme, relever le niveau de qualification moyen dans le secteur est aussi un moyen d’augmenter la productivité, donc les salaires, et de réduire la précarité structurelle de nombreux emplois touristiques.
Développement des infrastructures et investissements publics-privés
Le développement touristique s’accompagne presque toujours d’un vaste mouvement d’investissements dans les infrastructures. Aéroports, routes, gares, réseaux d’eau et d’assainissement, équipements culturels ou sportifs : pour accueillir davantage de visiteurs, il faut d’abord adapter la capacité d’accueil du territoire. Ces investissements sont souvent le fruit de partenariats public-privé où l’État, les collectivités et les entreprises se partagent coûts et bénéfices. Ils peuvent transformer durablement l’accessibilité d’une région, avec des effets positifs qui dépassent largement le seul tourisme, mais aussi des risques de surdimensionnement et de coûts d’entretien élevés si la fréquentation n’est pas au rendez-vous.
Financement des aéroports internationaux et modernisation des terminaux comme à Marrakech-Menara
Les aéroports internationaux sont l’un des symboles les plus visibles de l’investissement touristique. Leur extension ou leur modernisation permet d’augmenter la capacité d’accueil en passagers, d’ouvrir de nouvelles liaisons et d’améliorer l’expérience de voyage. L’aéroport Marrakech-Menara, au Maroc, en est un bon exemple : modernisé et agrandi pour répondre à la forte croissance du tourisme, il combine désormais une architecture emblématique avec des équipements adaptés aux standards internationaux. Ces travaux, financés en grande partie par l’Office national des aéroports et soutenus par des partenariats avec des compagnies aériennes et des investisseurs, ont permis de faire de Marrakech l’une des principales portes d’entrée touristiques du pays.
Mais derrière les images spectaculaires des terminaux flambant neufs se cachent des enjeux économiques lourds : amortissement des investissements sur plusieurs décennies, dépendance aux flux internationaux, vulnérabilité aux crises comme celle du Covid-19. Pour les pays qui misent massivement sur le transport aérien touristique, la rentabilité de ces infrastructures dépend étroitement de la stabilité géopolitique, de l’évolution de la demande mondiale et, de plus en plus, des politiques climatiques. La question de la compatibilité entre expansion aéroportuaire et objectifs de décarbonation devient ainsi centrale pour de nombreuses destinations.
Construction de complexes hôteliers intégrés et retombées sur le BTP local
Autre grand chapitre d’investissement : la construction de complexes hôteliers, de resorts intégrés ou de villages de vacances. Ces projets mobilisent des sommes importantes, souvent via des partenariats entre investisseurs locaux et groupes internationaux, et font travailler de nombreuses entreprises du bâtiment et des travaux publics (BTP). Dans des régions comme les littoraux espagnols, turcs ou marocains, des stations entières ont été bâties ou restructurées pour répondre à la demande du tourisme de masse. À court terme, ces chantiers dopent l’emploi et l’activité dans le BTP, tout en modernisant le parc immobilier.
À plus long terme, la question se pose : ces investissements hôteliers profitent-ils réellement à l’économie locale ? Lorsque les entreprises de construction, les bureaux d’études et les fournisseurs sont majoritairement nationaux, l’effet d’entraînement peut être très fort. Mais si la maîtrise d’ouvrage, les matériaux et les équipes sont importés, le risque est grand de voir une part importante des dépenses filer à l’étranger. Par ailleurs, la concentration de l’investissement dans de grands complexes peut fragiliser les petites structures existantes (hôtels familiaux, pensions, campings), qui peinent à rester compétitives face à ces « mastodontes » du bord de mer.
Amélioration des réseaux routiers et ferroviaires desservant les pôles touristiques
Le tourisme agit aussi comme un catalyseur pour l’amélioration des réseaux routiers et ferroviaires. De nombreuses autoroutes, routes à grande circulation ou lignes ferroviaires régionales ont été justifiées, au moins en partie, par la volonté de mieux desservir des pôles touristiques. En France, les dessertes TGV vers la Méditerranée ou les Alpes ont considérablement réduit les temps de trajet, rendant accessibles en quelques heures des destinations autrefois réservées à des séjours plus longs. Ces gains d’accessibilité profitent autant aux touristes qu’aux habitants, aux entreprises locales et à la logistique régionale.
Pour autant, la congestion des infrastructures peut rapidement devenir un problème lorsque le flux touristique n’est pas correctement régulé. Routes saturées en haute saison, gares bondées, parkings surdimensionnés : l’investissement dans la capacité ne suffit pas, il doit être complété par une gestion fine des flux (horaires, tarification, promotion de modes alternatifs comme le train ou le vélo). Vous l’aurez compris : l’enjeu n’est pas seulement de construire davantage, mais de mieux articuler les besoins des visiteurs et ceux des résidents afin d’éviter que les infrastructures pensées pour le tourisme ne dégradent la qualité de vie locale.
Investissements directs étrangers dans les chaînes hôtelières accor et marriott
Les investissements directs étrangers (IDE) jouent un rôle déterminant dans le développement des capacités hôtelières mondiales. Des groupes comme Accor, Marriott, Hilton ou IHG déploient des stratégies d’expansion agressives, en nouant des accords de franchise, de gestion ou de copropriété avec des investisseurs locaux. Pour les pays d’accueil, l’arrivée de ces grandes marques présente de multiples avantages : apport de capitaux, transferts de savoir-faire en matière de gestion hôtelière, intégration dans des réseaux de distribution internationaux, montée en gamme de l’offre. Dans certaines destinations émergentes, la présence d’une enseigne reconnue rassure aussi les tour-opérateurs et facilite la commercialisation à l’international.
Mais ces IDE posent également la question de la captation des revenus. Quand les profits sont majoritairement rapatriés vers les maisons-mères et que les décisions stratégiques se prennent loin du territoire, la marge de manœuvre des acteurs locaux se réduit. De plus, la standardisation des produits hôteliers peut affaiblir l’identité locale et limiter les opportunités pour les petites entreprises indépendantes. L’enjeu pour les autorités publiques est donc de négocier des cadres contractuels qui maximisent les retombées locales (emploi, sous-traitance, fiscalité, transfert de compétences) tout en s’appuyant sur la puissance de frappe commerciale de ces grands groupes.
Fiscalité touristique et revenus pour les collectivités territoriales
Le tourisme ne se contente pas de générer des recettes pour les entreprises privées : il constitue aussi une source importante de revenus fiscaux pour les États et les collectivités territoriales. Taxes de séjour, TVA sur les prestations, écotaxes, redevances d’occupation du domaine public… l’arsenal est large. Bien conçue et bien collectée, la fiscalité touristique permet de financer les services publics et les infrastructures rendus nécessaires par l’afflux de visiteurs, tout en contribuant à une meilleure acceptabilité du tourisme par les résidents.
Taxe de séjour et mécanismes de collecte dans les communes touristiques françaises
En France, la taxe de séjour est l’un des principaux outils de financement local lié au tourisme. Prélevée par nuitée et par personne dans les hébergements touristiques (hôtels, campings, résidences de tourisme, meublés, etc.), elle est affectée au budget des communes ou des intercommunalités, qui l’utilisent pour promouvoir le tourisme et financer des équipements d’accueil. Avec la montée en puissance des plateformes de location type Airbnb, les mécanismes de collecte ont dû évoluer : dans de nombreuses villes, ce sont désormais les plateformes qui prélèvent et reversent automatiquement la taxe, ce qui a permis d’améliorer la transparence et le rendement de l’impôt.
Pour les territoires fortement touristiques, la taxe de séjour représente un enjeu budgétaire majeur. Elle permet de réinvestir une partie de la manne touristique dans l’entretien des espaces publics, la gestion des déchets, la sécurité, la culture ou encore les transports locaux. En retour, une utilisation visible et lisible de cette ressource renforce l’adhésion des habitants, qui constatent concrètement que les visiteurs contribuent à financer les services dont ils bénéficient eux aussi. À l’heure où certaines villes cherchent à contenir le surtourisme, la modulation de la taxe de séjour (par saison, par type d’hébergement, par zone) devient également un levier de gestion des flux.
TVA sur les prestations touristiques et contribution au budget de l’état
Au-delà des taxes locales, la TVA appliquée aux prestations touristiques (hébergement, restauration, transports, loisirs) représente une source considérable de recettes pour l’État. Chaque repas au restaurant, chaque nuit d’hôtel, chaque billet de parc à thème génère un prélèvement qui vient alimenter le budget national. Dans les pays où le tourisme pèse lourd, cette contribution peut être décisive pour financer les politiques publiques. La question du niveau de TVA sur l’hôtellerie-restauration fait ainsi régulièrement débat en Europe, certains plaidant pour des taux réduits afin de soutenir l’emploi et la compétitivité du secteur, d’autres défendant des taux normaux pour maximiser les recettes fiscales.
Pour vous, professionnel du tourisme, la TVA représente souvent un poste de charges important, mais aussi un élément de compétitivité-prix face aux destinations concurrentes. Les arbitrages publics en la matière doivent donc trouver un équilibre entre soutien à la filière et besoins de financement de l’État. Dans un contexte de transition écologique, certains pays réfléchissent également à moduler la TVA en fonction de critères de durabilité (par exemple, taux réduit pour les hébergements labellisés écoresponsables), ce qui pourrait redessiner les incitations économiques au sein du secteur.
Taxation environnementale et écotaxes dans les destinations insulaires fragiles
Face aux pressions environnementales croissantes, de plus en plus de destinations instaurent des taxes spécifiques visant à internaliser une partie des coûts écologiques du tourisme. C’est le cas de nombreuses îles, dont l’écosystème est particulièrement fragile : Bali impose depuis 2024 une taxe touristique de 150 000 roupies par visiteur, Santorin et Mykonos prélèvent une taxe de 20 euros sur les passagers de croisière, tandis que certaines îles françaises (Porquerolles, Bréhat) limitent les entrées et envisagent des contributions financières pour gérer les impacts. Ces écotaxes sont souvent justifiées par la nécessité de financer la gestion des déchets, la protection des habitats naturels ou la restauration des sites dégradés.
Pour que ces dispositifs soient acceptés par les visiteurs comme par les résidents, deux conditions sont essentielles : la transparence sur l’utilisation des fonds et la cohérence avec une stratégie globale de tourisme durable. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de « taxer plus », mais de « mieux utiliser » ces recettes pour réduire concrètement l’empreinte environnementale du tourisme. À terme, on peut imaginer que la taxation environnementale devienne un outil clé pour orienter les flux vers des formes de tourisme moins carbonées et moins consommatrices de ressources, tout en garantissant un financement pérenne de la transition des territoires touristiques.
Dynamisation de l’entrepreneuriat local et développement des PME
Le tourisme est aussi un formidable vecteur d’entrepreneuriat. Loin de se limiter aux grands groupes hôteliers et aux compagnies aériennes, il offre un terrain d’expérimentation idéal pour les petites et moyennes entreprises, les indépendants et les initiatives de l’économie sociale et solidaire. Guides, transporteurs, restaurateurs, artisans, producteurs locaux, organisateurs d’événements, agences digitales… les opportunités sont nombreuses pour qui sait identifier les besoins des visiteurs et y répondre avec créativité. La question clé devient alors : comment faire en sorte que cette dynamique entrepreneuriale profite d’abord aux populations locales ?
Essor des agences réceptives et tour-opérateurs locaux face aux plateformes comme booking.com
Dans de nombreuses destinations, on assiste à un renouveau des agences réceptives et des tour-opérateurs locaux, qui développent des offres sur mesure, des circuits thématiques ou des expériences immersives en alternative aux packages standardisés. Ces acteurs, ancrés dans leur territoire, disposent d’une connaissance fine des ressources locales et peuvent mieux intégrer les prestataires de proximité (hébergements familiaux, guides indépendants, artisans, agriculteurs). Face aux plateformes mondiales comme Booking.com ou Expedia, qui captent une part croissante de la valeur via les commissions, les agences réceptives cherchent à se différencier par la personnalisation, la qualité de l’accompagnement et l’engagement en faveur d’un tourisme plus responsable.
Pour vous, entrepreneur local, le défi est double : tirer parti de la visibilité offerte par les plateformes tout en préservant votre autonomie commerciale. Cela suppose souvent de diversifier vos canaux de vente, de travailler votre marque propre, de nouer des partenariats avec d’autres acteurs du territoire et d’investir dans la relation client. Les politiques publiques peuvent également soutenir ces intermédiaires locaux via des dispositifs d’appui à la digitalisation, des labels de qualité ou des campagnes de promotion ciblées, afin d’éviter que l’essentiel de la valeur ne soit capté par des opérateurs étrangers éloignés des réalités du terrain.
Artisanat et production locale stimulés par la demande touristique en provence et au maroc
Le tourisme peut constituer un débouché majeur pour l’artisanat et la production locale, à condition que les liens soient correctement organisés. En Provence, la forte fréquentation touristique soutient par exemple des filières comme la savonnerie, la fabrication de textiles, la céramique ou les produits à base de lavande. Au Maroc, les médinas de Marrakech, Fès ou Essaouira vivent en grande partie des achats des visiteurs : tapis, cuir, poteries, bijoux, objets en bois ou en cuivre. Dans ces contextes, chaque touriste qui achète un savon, une poterie ou un tapis contribue directement au revenu de centaines d’ateliers et de petites entreprises familiales.
Pour que cet impact économique soit durable et équitable, il est essentiel de lutter contre la standardisation et l’importation de produits « pseudo-locaux » fabriqués à bas coût ailleurs. L’authenticité, la qualité et la traçabilité deviennent des arguments de vente aussi importants que le prix. Vous pouvez, en tant qu’acteur touristique, renforcer ces circuits courts en mettant en avant les artisans de votre territoire, en organisant des visites d’ateliers, en proposant des boutiques de producteurs ou en créant des expériences autour du « faire soi-même ». Ainsi, le tourisme ne se contente pas de consommer une destination : il la fait vivre économiquement et culturellement.
Économie collaborative et plateformes de location type airbnb transformant l’offre d’hébergement
L’essor de l’économie collaborative a profondément transformé l’offre d’hébergement touristique. Des plateformes comme Airbnb, Abritel ou HomeExchange ont permis à des particuliers de rentabiliser leur logement en le louant à court terme, contribuant à diversifier l’offre et à attirer de nouveaux segments de clientèle. Pour de nombreux ménages, ces revenus touristiques constituent un complément de salaire non négligeable, voire une véritable activité à part entière. Dans certains territoires ruraux ou de moyenne montagne, où l’hôtellerie classique est peu présente, ces hébergements collaboratifs ont même permis de relancer l’attractivité touristique.
Mais cette transformation n’est pas sans effets pervers, comme nous le verrons plus loin avec la question de l’inflation immobilière et de la pénurie de logements pour les résidents. C’est pourquoi de nombreuses villes européennes – Paris, Barcelone, Amsterdam – ont adopté des réglementations plus strictes (plafond de nuitées, enregistrement obligatoire, quotas par zone, compensation) pour encadrer ces pratiques. Pour vous, propriétaire ou gestionnaire d’hébergement, l’enjeu est de trouver un modèle équilibré qui respecte le cadre légal, contribue à l’économie locale (via la taxe de séjour, l’emploi de prestataires de nettoyage, l’achat de produits locaux) et ne déstabilise pas le tissu résidentiel. L’économie collaborative peut être un levier puissant de développement, à condition d’être régulée.
Gastronomie régionale et valorisation des produits du terroir comme levier économique
La gastronomie est devenue l’un des moteurs les plus puissants de l’attractivité touristique. De plus en plus de voyageurs choisissent une destination pour sa cuisine, ses marchés, ses vins, ses produits du terroir. Pour les territoires, c’est une opportunité unique de créer de la valeur ajoutée en s’appuyant sur des ressources existantes : vignobles, élevages, cultures spécifiques, savoir-faire culinaires. En France, la Bourgogne, la Champagne, le Bordelais ou le Pays basque illustrent bien ce lien étroit entre tourisme, gastronomie et économie locale. Un repas dans un restaurant locavore, une visite de cave ou une dégustation à la ferme, ce sont autant de revenus qui irriguent la chaîne agroalimentaire régionale.
Pour que la gastronomie soit réellement un levier économique, il est crucial d’articuler étroitement acteurs du tourisme et acteurs agricoles. Circuits courts, labels de qualité, événements (fêtes du vin, festivals culinaires, marchés de producteurs), storytelling autour des produits : autant d’outils pour renforcer la visibilité et la désirabilité du terroir. Vous pouvez, en tant que restaurateur ou hébergeur, jouer un rôle d’ambassadeur en mettant à votre carte des produits locaux, en racontant leur histoire aux visiteurs, en les orientant vers des producteurs partenaires. Ce faisant, le tourisme devient un catalyseur puissant pour la transition vers des systèmes alimentaires plus durables et plus rémunérateurs pour les agriculteurs.
Externalités négatives et coûts économiques du surtourisme
Si le tourisme est un formidable moteur de croissance, il génère aussi des coûts cachés pour les territoires qui l’accueillent. Congestion, inflation immobilière, dégradation environnementale, tensions sociales, dépendance excessive aux flux internationaux : autant d’externalités négatives qui pèsent sur la qualité de vie des résidents et sur la soutenabilité économique des destinations. Le phénomène de surtourisme, particulièrement visible dans certaines villes européennes et sites emblématiques, illustre ces dérives. Comment éviter que l’« or blanc » du tourisme ne se transforme en fardeau ?
Inflation immobilière et gentrification dans les centres historiques de barcelone et venise
À Barcelone, Venise ou Lisbonne, la multiplication des locations touristiques de courte durée et la spéculation immobilière ont conduit à une hausse rapide des loyers et des prix d’achat dans les centres historiques. De nombreux habitants, notamment les ménages modestes et les jeunes, se retrouvent contraints de quitter les quartiers les plus centraux, désormais dominés par les hébergements touristiques, les commerces de souvenirs et les bars. Ce processus de gentrification réduit la diversité sociale, altère le tissu commercial de proximité et peut, à terme, affaiblir l’authenticité même qui faisait l’attrait touristique de ces quartiers.
Pour les économies locales, cette inflation immobilière a des effets ambivalents. À court terme, elle enrichit les propriétaires et alimente l’activité de la construction et de la rénovation. À long terme, elle peut fragiliser d’autres secteurs économiques en rendant plus difficile l’installation d’entreprises et de travailleurs en dehors du tourisme. Pour y répondre, les pouvoirs publics déploient de plus en plus de mesures : quotas de meublés touristiques, encadrement des loyers, taxation différenciée, obligations de compensation. Ces politiques visent à rééquilibrer l’usage du parc immobilier entre hébergement touristique et résidentiel, afin de préserver la fonction d’habitat des centres-villes.
Congestion des infrastructures publiques et coûts d’entretien accrus
Le surtourisme se traduit aussi par une pression accrue sur les infrastructures publiques : rues, transports en commun, réseaux d’eau et d’assainissement, sites patrimoniaux. Venise, Dubrovnik, Barcelone, mais aussi des sites naturels comme les calanques de Marseille ou les falaises d’Étretat, doivent faire face à des pics de fréquentation qui dépassent largement leurs capacités d’accueil. Résultat : dégradation accélérée des infrastructures, besoins de maintenance plus fréquents, investissements supplémentaires pour renforcer la sécurité et la gestion des flux. Ces coûts sont en grande partie assumés par les collectivités, donc par la collectivité nationale ou locale, alors même que tous les visiteurs ne contribuent pas équitablement via les taxes ou les dépenses sur place.
Pour vous, décideur public, la question est de savoir qui paie réellement la facture du tourisme de masse. D’où l’intérêt croissant pour des systèmes de quotas, de réservations obligatoires, de tarification différenciée ou de taxes spécifiques pour les excursions d’un jour (comme à Venise pour les croisiéristes). L’objectif n’est pas seulement de limiter les nuisances, mais aussi de faire en sorte que les recettes générées par le tourisme couvrent réellement les coûts d’entretien et de gestion des infrastructures. À défaut, le risque est grand de voir les habitants se détourner du tourisme et développer une véritable tourismophobie, avec des conséquences économiques potentiellement lourdes.
Dépendance économique excessive et vulnérabilité aux crises sanitaires type COVID-19
La crise du Covid-19 a mis en lumière, de manière brutale, la vulnérabilité des économies trop dépendantes du tourisme. En 2020, les arrivées internationales se sont effondrées de plus de 70 %, faisant revenir le secteur à ses niveaux de 1990 et provoquant une perte estimée à plus de 2 000 milliards de dollars pour le PIB mondial. Des pays dont le tourisme représente plus de 50 % du PIB, comme certaines petites îles ou destinations balnéaires, ont vu leurs recettes s’assécher, entraînant des fermetures massives d’entreprises et la disparition de plus de 120 millions d’emplois dans le monde. Cet épisode a agi comme un électrochoc : peut-on raisonnablement fonder la prospérité d’un territoire sur une activité aussi sensible aux crises sanitaires, géopolitiques ou climatiques ?
Pour réduire cette vulnérabilité, plusieurs leviers sont possibles : diversification sectorielle (ne pas dépendre uniquement du tourisme), diversification des marchés (ne pas cibler une seule clientèle, par exemple les croisiéristes ou les Chinois), montée en gamme et spécialisation (tourisme de santé, de formation, de recherche) ou encore développement d’un tourisme domestique plus robuste. À l’échelle des entreprises, cela implique souvent de repenser les modèles économiques, de renforcer les fonds propres, de développer des activités complémentaires hors saison ou hors tourisme. Pour les États, la leçon est claire : le tourisme est un formidable moteur de développement, mais il ne peut pas être la seule jambe sur laquelle repose l’économie nationale.
Fuite des capitaux vers les multinationales étrangères et faible rétention locale des revenus
Enfin, l’une des principales critiques adressées au modèle touristique actuel concerne la faible rétention locale des revenus, en particulier dans les pays en développement. Selon la CNUCED, les « fuites » – c’est-à-dire la part des recettes touristiques qui quittent le pays sous forme d’importations, de rapatriement de profits ou de rémunération de prestataires étrangers – atteindraient jusqu’à 85 % dans certains pays africains les moins avancés, 80 % dans les Caraïbes, 70 % en Thaïlande et 40 % en Inde. Autrement dit, pour 100 dollars dépensés par un touriste, seuls 15 à 60 dollars resteraient réellement dans l’économie locale.
Cette situation s’explique par la domination de grands groupes internationaux dans l’hôtellerie, la restauration, les transports et la distribution, mais aussi par la faible capacité de production locale (agriculture, industrie, services spécialisés). Pour vous, décideur ou entrepreneur, l’enjeu n’est donc pas seulement d’augmenter le nombre de visiteurs, mais surtout de maximiser la valeur retenue sur place : développer les capacités de production locales, encourager les partenariats équilibrés avec les investisseurs étrangers, favoriser les circuits courts et les PME du territoire, renforcer la négociation collective (par exemple via des clusters touristiques ou des coopératives). C’est à cette condition que le tourisme pourra véritablement jouer son rôle de levier de développement économique durable pour les communautés d’accueil.